Ces amitiés qui t’aiment, mais pas trop.
- 10 févr.
- 5 min de lecture
J’ai vécu au Cameroun. Puis j’ai vécu au Canada. Et je suis revenue vivre au Cameroun.
Autrement dit, je ne découvre pas ce pays. Mais je le redécouvre autrement.
On te prépare rarement à ça. On te parle du choc culturel quand tu pars, jamais de celui du retour. Parce qu’en revenant, tu penses connaître les gens. Les codes. Les relations. Tu crois retrouver quelque chose de familier mais toi tu as changé.
Et pourtant, quelque chose ne fonctionne plus comme avant.
Ces dernières années, j’ai accumulé des échecs en amitié. Rien de spectaculaire. Pas de disputes publiques. Pas de scènes dramatiques. Juste une impression persistante, presque sourde : certaines relations n’étaient pas là pour me faire avancer, mais pour me maintenir à une place confortable pour elles.
Et quand cette impression revient plusieurs fois, on finit par arrêter de se dire que « c’est dans sa tête ».
Le moment où tout fait tilt.
Il y a eu une situation récente. Je resterai volontairement floue. Une interaction. Une phrase. Une intention emballée dans du «je dis ça pour ton bien ». Pas le mien celui de quelqu’un d’autre.
Sur le moment, je n’ai rien dit. Pas parce que je n’avais rien compris. Mais parce que j’ai compris trop vite. Ce que la personne m’a dit faisait écho à d’autres épisodes de ma vie. Des moments anciens où j’avais déjà ressenti ce même malaise diffus, cette alarme intérieure qu’on étouffe parfois par politesse, ou par espoir.
Et cette fois-là, quelque chose s’est posé clairement : ce n’était pas un accident. C’était un schéma.
Ce que nos parents nous ont appris et que je croyais universel.
En grandissant, notre père ne nous a jamais appris à avoir des idoles. Mais au grand jamais.
On ne nous a pas appris à admirer des personnes, à envier des trajectoires ou à mesurer notre valeur à celle des autres. À la place, il nous a appris à idéaliser des pensées, des idées, des projets. À respecter une vision, une cohérence, une façon de réfléchir. On ne nous a pas appris à envier l’argent. On nous a appris à vivre avec ce qu’on a. À construire avec nos moyens. À avancer sans passer notre temps à regarder ce que l’autre possède.
Avec le recul, je réalise que ça m’a façonnée profondément. Je ne sais pas envier quelqu’un. Je peux admirer une discipline, une clarté, une trajectoire. Mais vouloir être quelqu’un d’autre ? Désirer sa place au point de le freiner ou de le saboter ? Non. Pendant longtemps, j’ai cru que c’était normal. J’ai mis du temps à comprendre que tout le monde ne grandit pas avec cette grille de lecture. Et que ce décalage, parfois, crée des frictions invisibles.
Pour vous montrer à quel point cette vision est encrée dans mon ADN je n'ai pas de chanteur préféré mais j'aime des chansons.
Quand l’amitié devient une comparaison silencieuse.
Certaines amitiés ne meurent pas de conflit. Elles meurent de comparaison. On ne te dit rien. On ne t’attaque pas frontalement. Mais on t’observe. On te jauge. On te compare. L’amitié devient un espace étrange où l’on te soutient tout en se mesurant à toi. Où l’on t’encourage, mais avec un léger inconfort quand tu avances trop vite. Où ton existence devient, malgré toi, un miroir inconfortable.
Ce sont des relations où l’on te veut proche, mais pas trop. Brillante, mais pas trop. Heureuse, mais pas trop.
Et le plus dérangeant, c’est que souvent, ces personnes ne se voient pas comme malveillantes. Elles sont simplement en lutte avec ce qu’elles projettent sur toi.
Les histoires qu’on chuchote… Songi Songi , Congossa , Karambani …
Dans beaucoup de nos sociétés, il y a des récits qu’on raconte à voix basse. Des histoires de sabotages invisibles. De malchances répétées. De soi-disant empoisonnements attribués à l’envie, à la jalousie, à la haine silencieuse.
Je ne suis pas là pour nourrir la peur ni les fantasmes. Mais ces récits disent quelque chose de profond : une conscience collective que l’envie, quand elle n’est pas régulée, peut devenir dangereuse. Sans aller jusque-là, il existe des formes plus banales de nuisance : parler dans ton dos , influencer subtilement une perception, semer le doute sous couvert de conseil. Toujours avec le sourire.
Aujourd’hui, je change de posture.
Avant, je me fâchais ouvertement. Je confrontais. Je mettais des mots. Même quand je savais que quelqu’un pouvait me vouloir du mal, je continuais à fréquenter cette personne, convaincue que la transparence suffisait. Aujourd’hui, j’ai changé.
Il n’y a plus aucun signe visible qui montre que j’ai démasqué quelqu’un. Pas de colère affichée. Pas de rupture théâtrale. Juste une distance intérieure. Un retrait calme. Une réduction d’accès. C’est peut-être ça, grandir : comprendre que tout le monde n’a pas besoin de savoir qu’on a compris.
Les fausses amitiés, version moderne.
Les fausses amitiés aujourd’hui ne sont pas toujours violentes. Elles sont polies. Présentes. Parfois même chaleureuses. Elles aiment ce que tu représentes plus que ce que tu es. Elles t’envient sans se l’avouer. Elles sont parfois prêtes à tout pour être toi, sans jamais se demander pourquoi l'Etre Suprême a fait d'elles ce qu'elles sont aujourd'hui.
Et porter ça, sur la durée, est épuisant.
Il fut un temps où je donnais beaucoup. Trop. Où j’ouvrais l’espace de l’intime sans filtre. Où je croyais que la loyauté appelait naturellement la loyauté. Aujourd’hui, j’ai appris que la générosité sans discernement est une forme d’auto-sabotage. Je vis avec des gens imparfaits, parfois hypocrites, sans leur confier ce qui me rend vulnérable. Tout le monde n’a pas accès à mon monde intérieur. Et ce n’est ni de la froideur, ni du mépris. C’est de la protection.
Ce que nos parents savaient déjà.
Quand on est enfant, on entend souvent cette phrase :“Tu n’auras jamais beaucoup de vrais amis.” Sur le moment, on lève les yeux au ciel , on les prend pour des fous. Plus tard, on comprend. Les vrais liens se comptent rarement au-delà des cinq doigts de la main. Et parfois, même pas tous.
Ce que j’ai compris.
Les vrais leaders ne sont pas ceux qui ont été épargnés. Ce sont ceux qui ont appris à construire avec ce qui leur est arrivé. Avec les déceptions , les trahisons silencieuses. Les amitiés qui n’en étaient pas vraiment. Ils transforment les blessures en limites. Les pertes en lucidité. Les épreuves en structure.
À toi qui lis.
Si tu vis ce genre de situation, sache le : tu n’es pas seul. Il n’y a rien de faible à être affecté par l’hypocrisie. Rien de naïf à avoir cru en l’amitié. Et si tu ne l’as pas encore vécu, observe. Avance lentement. Prends tes précautions. On peut avancer, aimer, réussir, même entouré de personnes imparfaites. La clé n’est pas d’éliminer toute toxicité.
C’est de décider à quoi et à qui on donne accès.
« Certaines amitiés ne sont pas là pour durer. Elles sont là pour t’apprendre à te choisir. »

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